Tuesday, July 15, 2014

Californie - volume 2



Lorsque la voiture est sortie du virage et que le Golden Gate Bridge est apparu au loin, légèrement brumeux, c'est comme si tous mes souvenirs d'ados me revenaient en pleine figure. Des souvenirs très heureux de cet été passé dans la Bay Area, il y a longtemps, dans les années 90, à l'époque où Vanity Fair faisait sa couverture sur Brad Pitt première période ou sur Courtney Love, que je trouvais extrêmement stylée à l'époque. On achetait encore des CD, des tonnes de CD. J'écoutais encore beaucoup de grunge, de la brit pop aussi, bien sûr. Blur, surtout pas Oasis. The Verve, un peu.  

Là-bas, j'ai squatté le temps de quelques nuits le canapé-lit d'un ami qui a loué pour six mois un appartement dans le quartier de Mission, que je ne connaissais pas. A l'époque où j'ai découvert la ville, cette partie était assez infréquentable, je crois. Elle l'est à peine moins aujourd'hui, mais se boboïse très rapidement. Il s'y passe vraisemblablement encore des choses bizarres la nuit. J'y ai entendu des coups de feu. Les armes sont ce qui me terrifie le plus en Californie, moi qui me balade en pleine nuit dans Manhattan sans le moindre sentiment de peur. 


Après LA et la vie en bagnole, retrouver la terre ferme et marcher ont été un grand bonheur. A Paris, je cours. Ailleurs, je marche, surtout. 

Pour nous aérer un peu la tête, nous sommes partis à Point Reyes en voiture, au nord de San Francisco, et avons randonné pendant plusieurs heures dans la forêt qui sentait l'herbe fraîche et les aiguilles de pin. Nous nous sommes arrêtés en haut d'une colline, au dessus de la plage. La mer était d'un bleu crémeux, et le sable éblouissant sur la plage. Nous avons mangé nos sandwiches en regardant les vagues et ce qui nous a semblé être, de loin, un banc de lions de mer. Comme beaucoup de grands urbains, j'ai un rapport très brut avec la nature. Rien ne me fait peur : cabane dans les bois, eau froide pour la douche, nourriture en boîte... Je peux m'adapter avec une curieuse facilité, ayant compris très tôt que si l'on accepte pas ça, on ne voyage pas. 


De retour en ville, j'ai passé deux jours à marcher, encore, à parler aussi, avec mes compagnons californiens. Entre deux burritos pas légers et des gin tonic pris dans des bars déserts - les San Franciscains ayant la très pénible habitude d'aller se coucher tôt et de plonger la ville dans une torpeur légèrement inquiétante dès 23h (j'habite à Pigalle, chez moi les gens ne vont JAMAIS se coucher) - nous nous sommes allongés dans l'herbe touffue des parcs et regardé le ciel bleu, encore et encore. Nous avons interrompu notre régime alimentaire pathétique de burgers bio et de pizzas vaguement sophistiquées pour goûter à la vraie cuisine locale, celle qui marie sans complexe un agneau de sept heures à du quinoa au citron et sert le cheesecake avec un coulis qui fait redécouvrir le goût de la mûre, celle qu'on cueillait haut dans les ronces, petit, et qu'on avait fini par ne plus aimer, au fil des années. 

La Californie est telle que je l'avais quittée, à 16 ans. Le bleu infini du ciel, l'immensité de l'horizon devant soi, l'impression que la route n'a pas de fin, que le printemps ne s'arrête jamais, que les feuilles des arbres sont éternelles. Que la conversation est sans fin, que le retour à la maison n'est qu'un début et que tout ira bien.  

Et parce que je suis d'humeur généreuse, voici une mini-playlist, absolument pas pointue mais, j'espère, bien troussée, pour accompagner ce petit moment des soirs d'été, entre 21 et 22 h, quand il fait encore jour et doux, que les fenêtres sont ouvertes et qu'on est à la cool en short sur le canapé. Et que même seul dans l'appart, on se sent bien. 


No comments: