Friday, July 4, 2014

Californie - volume 1



J'ai aimé la Californie bien avant d'aimer New York. Les États-Unis ne sont pas l'endroit que je préfère au monde, mais le territoire pour lequel j'ai le plus de tendresse et d'affection sur cette terre. 

Adolescente, j'y ai appris des choses simples comme prendre l'avion seule sans me tromper de correspondance, réclamer mes bagages quand ils n'arrivaient pas, prendre un taxi, un bus, demander mon chemin, un hot chocolate no whipped cream please, un cheeseburger medium rare et un diet coke, me faire un brushing comme les filles de ma classe senior du lycée de Cherry Hill dans le New Jersey, talent que j'ai vite oublié, les Américaines sont imbattables quand il s'agit de cheveux. 

J'y ai aussi appris quelque chose d'essentiel. Parler anglais sans complexe, bien sûr, mais aussi et surtout faire la cuisine. J'ai beaucoup parlé cuisine américaine sur ce blog, car c'est elle que j'ai connue en premier. On ne cuisinait pas vraiment, chez moi. 

J'ai aimé la Californie avant New York, donc. Après mon premier séjour dans le New Jersey, j'avais voulu passer un été à San Francisco. J'avais 16 ans, des joues encore rondes et très mates, des cheveux mi-longs, vestiges d'un coup de sang qui m'avait fait tout couper l'année de mes 15 ans. Des fringues improbables. Jeans mal taillés, hauts côtelés à manches longues achetés chez Gap, et des godillots so années 90. Je ne savais pas m'habiller mais je n'en souffrais pas. Je me foutais de mon apparence, même si je maquillais déjà presque tous les jours. On ne grandit pas auprès d'une mère qui travaille dans le luxe sans avoir envie de s'y frotter un peu. La féminité brille comme un diamant et les adolescentes sont pires que des pies. 

J'avais fini ma seconde, péniblement. J'avais laissé tomber les maths, la physique pour le bien de mes camarades, dont l'un était sorti d'un cours avec une brûlure au premier degré après que j'ai oublié un tube à essai sur un bec bunzen. Moi aussi j'ai encore des traces d'acide chlorhydrique sur les doigts.

J'étais fan des films de Ridley Scott et de David Lynch, je rêvais de grands espaces mais j'hésitais un peu à demander à ma mère de m'envoyer passer l'été dans un ranch au Texas. J'écoutais aussi beaucoup de musique des années 60. Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jefferson Airplane. J'avais lu sur le summer of love et les drogues de synthèse. J'étais loin d'avoir lu Ginsberg mais tout ce microcosme m'intéressait, j'y sentais une énergie et une liberté dont j'avais l'impression de manquer, dans mon lycée de banlieue calme. 

J'ai donc été envoyée à Oakland, ville jumelle de San Francisco, pour un été chez les Knight. Jeff, Suzanne et leur fille adoptive Charlotte, deux ans et demi. J'avais beaucoup entendu parler d'Oakland comme d'une banlieue dangereuse, mal famée, elle l'est encore aujourd'hui je crois, mais la maison des Knight était localisée dans un quartier très cossu, réhabilité grâce à l'argent des assurances après des incendies dévastateurs, comme il y en a souvent sur cette côte. 

J'étais encore un bébé mais j'ai absorbé un nombre de choses incroyables cet été-là. De la part de mes camarades françaises, déjà, parties de Paris avec moi et dont j'avais fait la connaissance dans l'avion. Isabelle, qui ressemblait à Clémence Poésy et voulait devenir avocate. Emmanuelle, qui savait faire des chignons compliqués avec ses longs cheveux châtains et voulait devenir pilote d'avion. Pas une seconde je ne doute que ces deux-là ont réussi ce qu'elles voulaient faire de leur vie. Nous avions un point commun, la détermination.

J'ai appris l'autonomie, encore - comme si j'en manquais -, et la science du barbecue : toujours faire mariner la viande, dans du vin rouge et des herbes, par exemple, avant de la griller, et placer des carottes épluchées de part et d'autre. En grillant, elles caraméliseront. J'ai appris que la sauce tomate pour les fusilli est toujours meilleure avec des anchois dedans, et qu'il faut se mettre dans l'embrasure d'une porte en cas de tremblement de terre. Que la vallée de la Sonoma est l'une des plus belles régions du monde à traverser en voiture et que les matches de base ball sont toujours plus intéressants quand il s'agit de toutes petites équipes, dans de tout petits stades. 

Joan Didion a écrit que New York était une ville pour les très jeunes, et que passé la trentaine, la Californie était le meilleur endroit pour faire sa vie. 

Avant de retourner en Californie pour la première fois depuis plus de 15 ans, il y a trois semaines, je me suis beaucoup demandé comment j'aillais réagir à ces retrouvailles avec la côte ouest, alors que j'ai passé tant de temps à New York depuis.

J'espérais surtout rentrer de Californie reposée, alors que je rentre systématiquement de New York épuisée. 

Les neuf heures de décalage horaire ont eu raison de mon énergie les premiers jours, mais il y avait une douceur dans l'air, une chaleur dans la brise qui ébouriffait les cactus, quelque chose de soyeux qui m'a reposée. Le roulis de la voiture aussi, qui m'a bercée pendant mon séjour. 

Une fois les insomnies passées, je me suis glissée dans la PT Cruiser aux côtés de mon amie Mathilde, récemment installée à LA, et nous avons (re)découvert la ville. Cette ville basse, plate, et grande au point de ne former qu'une succession de quartiers, sortes de mini-villes qui ont chacune leur logique propre. Nous avons mangé des salades épicées, des pizzas et des pâtes vites cuites pour éponger des cocktails bus la veille au Château-Marmont. J'y ai fêté mon anniversaire, un samedi soir. Il ne faut pas hésiter à mettre sa timidité au vestiaire et à aller y boire un verre, les physios et serveurs y sont, contrairement à ceux qui oeuvrent à Paris, très accueillants. Le patio sur lequel s'ouvre le bar est particulièrement mignon, et moins bruyant que la salle du bar, en bas. 

Nous avons aussi regardé l'équipe de France gagner, de loin, pendant que des burgers cuisaient sur le barbecue. Nous avons vu la mer, fait du shopping et visité des studios de cinéma. Après une après-midi de randonnée au Griffith Park, où j'ai fait peur à Victor, 4 ans, en lui parlant de serpents à sonnettes, il a fallu refaire la valise et monter dans un Virgin America pour une heure de vol jusqu'à San Francisco. Mais ça, c'est une autre histoire. 

Pour accompagner les kilomètres en bagnole, nous avons beaucoup écouté ce titre, un peu banal, un peu mainstream, déjà un peu ringard mais qui calme bien en cas d'embouteillage. 

Pour finir par le plus important, manger, le meilleur de ce que j'ai goûté à LA fut en fait les tacos aux crevettes de la Santa Barbara Shellfish Company, un minuscule restaurant au bout d'une jetée, qui mêle habilement l'héritage mexicain de la Californie aux fruits de mer du coin. 


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