Tuesday, September 18, 2012

Ma junk

A 15 ans, je suis partie passer quelques semaines dans une petite ville du New Jersey, dont le lycée était jumelé avec le mien. C'était mon premier contact avec l'Amérique et tous les clichés que j'avais en tête se sont révélés à peu près vrais.

J'aurais pu être déçue, j'étais simplement surprise et heureuse de vivre dans ce monde qui me semblait assez différent du mien. La maison de briques et de bois dans laquelle ma correspondante vivait ressemblait à celle d'Angela Bower dans Madame est servie. Il y avait un frigo qui faisait des glaçons, une mère au foyer qui nous cuisinait des brownies parsemés de M&Ms. Nous faisions une heure de sport chaque jour dans l'immense gymnase du lycée, nous partions en week-end à Philadelphie en voiture, car ma correspondante avait son permis. C'était les années 90 et nous écoutions Offspring très fort le soir dans des soirées improvisées dans les sous-sols de ces maisons plutôt cossues.

Au début, je ne parvenais pas à me résigner à déjeuner de sandwiches peanut-butter/jelly et de bâtons de carottes. J'ai fini par m'habituer au beurre de cacahuète, mais pas au Jell-O, ce truc infâme qui ne doit même plus exister aujourd'hui. En tout cas plus sous cette forme-là.

Aujourd'hui, une quinzaine d'années plus tard, le salé-sucré de ce snack un peu white trash, un peu trop marqué du sceau du mauvais goût américain, eh bien c'est ma junk.

Pas de McDo, pas de dessert surchocolaté, pas de paquet de chips aromatisées au fromage, rien de tout ça ne me fait rêver. Mais du pain, du beurre de cacahuète et de la confiture - plutôt une bonne, style rhubarbe-gingembre ou abricots-amaretto, à choper chez Marks & Spencer's - et là je suis capable de dépasser les bornes.

A la fin de mes deux mois de squat dans un appartement du quartier latin, le frigo est tombé en panne. A partir de là, le combo peanut butter / confiture est devenu mon sauveur des petits creux, mon recours du dîner solitaire, mon réveil-matin.


A écouter en se léchant les doigts après avoir englouti deux trois tartines : tout l'album d'Alt-J, auquel je suis furieusement accro depuis quelques mois. Attention ça s'écoute en entier, les enchaînements sont assez beaux. 

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