Sunday, October 12, 2014

Breaking the waves

Je n'avais pas navigué depuis plus de 15 ans. Depuis mes colonies de vacances en Bretagne, adolescente, où j'avais manié un 420 tant bien que mal et manqué mourir après un changement de cap un peu brutal au cours duquel la bôme du voilier était venu heurter violemment mon front, me projetant au fond du bateau, sonnée.

J'en gardais un bon souvenir, néanmoins, malgré ma peur des vagues et mon mal de mer récurrent. Il y a quelques jours, j'ai de nouveau embarqué, sur un grand voilier cette fois, avec une vingtaine de potes, pour un week-end d'eau salée dans le Morbihan, une région que j'avais découverte jeune adulte, grâce à mon amoureux de l'époque, et que j'avais adorée.

Notre premier jour de navigation fut à mi-chemin du cauchemar, la faute à un petit grain mal anticipé, un peu trop violent pour nos estomacs de parisiens. Les huit heures de bateau nous ont fatigués, mais une fois la houle calmée et les esprits détendus, dehors sur le pont à regarder la plage de Houat de dessiner à l'horizon, nous savions que la plus belle des récompenses nous attendait.

La récompense, c'est dormir 9 heures bercée par le roulis, s'extraire de sa cabine à 9 heures passées, réveillée par le rire de mes camarades qui se jetaient courageusement à l'eau, sous un soleil éclatant, dans une mer d'huile, devant la plage de sable jaune pâle.

La journée fut glorieuse, et nous nous sommes promis de recommencer. A terre, je me suis jurée que la prochaine fois, je serai équipée correctement, de façon à ne pas passer toute une soirée dans des bottes / des chaussettes mouillées. On croit toujours être plus malin que les éléments, mais il y a quelque chose de jouissif à se faire malmener par le vent, la mer, la pluie. Quelque chose qui fait se souvenir que ce n'est pas nous qui commandons, en fait.



A écouter : en boucle, le sublime album de Chet Faker, ce chanteur prodigieusement doué et qui a l'outrecuidance d'être né en... 1988.

A manger, rien que pour vos palais en mal de sucre, MA recette de sauce caramel au beurre salé. Faire caraméliser 100g de sucre blanc dans une casserole (sans eau, sans citron, sans RIEN, on met juste du sucre dans une casserole, on allume un feu moyen en dessous, on laisse fondre sans rien toucher, on passe à l'étape suivante une fois que tout le sucre est fondu et que les bords brunissent), couper le feu sous la casserole et ajouter 50 grammes de beurre salé. Faire gaffe, ça éclabousse, c'est normal car le sucre continue à cuire, même en dehors du feu. Bien mélanger. Remettre sur feu (doux) et ajouter une demi-tasse (ou plus si vous préférez une sauce plus liquide) de crème liquide ou 2 grosses cuillères à soupe de mascarpone (c'est pareil, voire meilleur). Mélanger doucement et couper le feu une fois que les éventuels "grumeaux" de sucre ont fondu. Servir avec des poires pochées dans du thé au jasmin, sur un riz au lait non sucré, tartiner sur du pain grillé, faire fondre dans une tasse de lait chaud... Bref, à vous de voir. 

Tuesday, July 15, 2014

Californie - volume 2



Lorsque la voiture est sortie du virage et que le Golden Gate Bridge est apparu au loin, légèrement brumeux, c'est comme si tous mes souvenirs d'ados me revenaient en pleine figure. Des souvenirs très heureux de cet été passé dans la Bay Area, il y a longtemps, dans les années 90, à l'époque où Vanity Fair faisait sa couverture sur Brad Pitt première période ou sur Courtney Love, que je trouvais extrêmement stylée à l'époque. On achetait encore des CD, des tonnes de CD. J'écoutais encore beaucoup de grunge, de la brit pop aussi, bien sûr. Blur, surtout pas Oasis. The Verve, un peu.  

Là-bas, j'ai squatté le temps de quelques nuits le canapé-lit d'un ami qui a loué pour six mois un appartement dans le quartier de Mission, que je ne connaissais pas. A l'époque où j'ai découvert la ville, cette partie était assez infréquentable, je crois. Elle l'est à peine moins aujourd'hui, mais se boboïse très rapidement. Il s'y passe vraisemblablement encore des choses bizarres la nuit. J'y ai entendu des coups de feu. Les armes sont ce qui me terrifie le plus en Californie, moi qui me balade en pleine nuit dans Manhattan sans le moindre sentiment de peur. 


Après LA et la vie en bagnole, retrouver la terre ferme et marcher ont été un grand bonheur. A Paris, je cours. Ailleurs, je marche, surtout. 

Pour nous aérer un peu la tête, nous sommes partis à Point Reyes en voiture, au nord de San Francisco, et avons randonné pendant plusieurs heures dans la forêt qui sentait l'herbe fraîche et les aiguilles de pin. Nous nous sommes arrêtés en haut d'une colline, au dessus de la plage. La mer était d'un bleu crémeux, et le sable éblouissant sur la plage. Nous avons mangé nos sandwiches en regardant les vagues et ce qui nous a semblé être, de loin, un banc de lions de mer. Comme beaucoup de grands urbains, j'ai un rapport très brut avec la nature. Rien ne me fait peur : cabane dans les bois, eau froide pour la douche, nourriture en boîte... Je peux m'adapter avec une curieuse facilité, ayant compris très tôt que si l'on accepte pas ça, on ne voyage pas. 


De retour en ville, j'ai passé deux jours à marcher, encore, à parler aussi, avec mes compagnons californiens. Entre deux burritos pas légers et des gin tonic pris dans des bars déserts - les San Franciscains ayant la très pénible habitude d'aller se coucher tôt et de plonger la ville dans une torpeur légèrement inquiétante dès 23h (j'habite à Pigalle, chez moi les gens ne vont JAMAIS se coucher) - nous nous sommes allongés dans l'herbe touffue des parcs et regardé le ciel bleu, encore et encore. Nous avons interrompu notre régime alimentaire pathétique de burgers bio et de pizzas vaguement sophistiquées pour goûter à la vraie cuisine locale, celle qui marie sans complexe un agneau de sept heures à du quinoa au citron et sert le cheesecake avec un coulis qui fait redécouvrir le goût de la mûre, celle qu'on cueillait haut dans les ronces, petit, et qu'on avait fini par ne plus aimer, au fil des années. 

La Californie est telle que je l'avais quittée, à 16 ans. Le bleu infini du ciel, l'immensité de l'horizon devant soi, l'impression que la route n'a pas de fin, que le printemps ne s'arrête jamais, que les feuilles des arbres sont éternelles. Que la conversation est sans fin, que le retour à la maison n'est qu'un début et que tout ira bien.  

Et parce que je suis d'humeur généreuse, voici une mini-playlist, absolument pas pointue mais, j'espère, bien troussée, pour accompagner ce petit moment des soirs d'été, entre 21 et 22 h, quand il fait encore jour et doux, que les fenêtres sont ouvertes et qu'on est à la cool en short sur le canapé. Et que même seul dans l'appart, on se sent bien. 


Friday, July 4, 2014

Californie - volume 1



J'ai aimé la Californie bien avant d'aimer New York. Les États-Unis ne sont pas l'endroit que je préfère au monde, mais le territoire pour lequel j'ai le plus de tendresse et d'affection sur cette terre. 

Adolescente, j'y ai appris des choses simples comme prendre l'avion seule sans me tromper de correspondance, réclamer mes bagages quand ils n'arrivaient pas, prendre un taxi, un bus, demander mon chemin, un hot chocolate no whipped cream please, un cheeseburger medium rare et un diet coke, me faire un brushing comme les filles de ma classe senior du lycée de Cherry Hill dans le New Jersey, talent que j'ai vite oublié, les Américaines sont imbattables quand il s'agit de cheveux. 

J'y ai aussi appris quelque chose d'essentiel. Parler anglais sans complexe, bien sûr, mais aussi et surtout faire la cuisine. J'ai beaucoup parlé cuisine américaine sur ce blog, car c'est elle que j'ai connue en premier. On ne cuisinait pas vraiment, chez moi. 

J'ai aimé la Californie avant New York, donc. Après mon premier séjour dans le New Jersey, j'avais voulu passer un été à San Francisco. J'avais 16 ans, des joues encore rondes et très mates, des cheveux mi-longs, vestiges d'un coup de sang qui m'avait fait tout couper l'année de mes 15 ans. Des fringues improbables. Jeans mal taillés, hauts côtelés à manches longues achetés chez Gap, et des godillots so années 90. Je ne savais pas m'habiller mais je n'en souffrais pas. Je me foutais de mon apparence, même si je maquillais déjà presque tous les jours. On ne grandit pas auprès d'une mère qui travaille dans le luxe sans avoir envie de s'y frotter un peu. La féminité brille comme un diamant et les adolescentes sont pires que des pies. 

J'avais fini ma seconde, péniblement. J'avais laissé tomber les maths, la physique pour le bien de mes camarades, dont l'un était sorti d'un cours avec une brûlure au premier degré après que j'ai oublié un tube à essai sur un bec bunzen. Moi aussi j'ai encore des traces d'acide chlorhydrique sur les doigts.

J'étais fan des films de Ridley Scott et de David Lynch, je rêvais de grands espaces mais j'hésitais un peu à demander à ma mère de m'envoyer passer l'été dans un ranch au Texas. J'écoutais aussi beaucoup de musique des années 60. Janis Joplin, Jimi Hendrix, Jefferson Airplane. J'avais lu sur le summer of love et les drogues de synthèse. J'étais loin d'avoir lu Ginsberg mais tout ce microcosme m'intéressait, j'y sentais une énergie et une liberté dont j'avais l'impression de manquer, dans mon lycée de banlieue calme. 

J'ai donc été envoyée à Oakland, ville jumelle de San Francisco, pour un été chez les Knight. Jeff, Suzanne et leur fille adoptive Charlotte, deux ans et demi. J'avais beaucoup entendu parler d'Oakland comme d'une banlieue dangereuse, mal famée, elle l'est encore aujourd'hui je crois, mais la maison des Knight était localisée dans un quartier très cossu, réhabilité grâce à l'argent des assurances après des incendies dévastateurs, comme il y en a souvent sur cette côte. 

J'étais encore un bébé mais j'ai absorbé un nombre de choses incroyables cet été-là. De la part de mes camarades françaises, déjà, parties de Paris avec moi et dont j'avais fait la connaissance dans l'avion. Isabelle, qui ressemblait à Clémence Poésy et voulait devenir avocate. Emmanuelle, qui savait faire des chignons compliqués avec ses longs cheveux châtains et voulait devenir pilote d'avion. Pas une seconde je ne doute que ces deux-là ont réussi ce qu'elles voulaient faire de leur vie. Nous avions un point commun, la détermination.

J'ai appris l'autonomie, encore - comme si j'en manquais -, et la science du barbecue : toujours faire mariner la viande, dans du vin rouge et des herbes, par exemple, avant de la griller, et placer des carottes épluchées de part et d'autre. En grillant, elles caraméliseront. J'ai appris que la sauce tomate pour les fusilli est toujours meilleure avec des anchois dedans, et qu'il faut se mettre dans l'embrasure d'une porte en cas de tremblement de terre. Que la vallée de la Sonoma est l'une des plus belles régions du monde à traverser en voiture et que les matches de base ball sont toujours plus intéressants quand il s'agit de toutes petites équipes, dans de tout petits stades. 

Joan Didion a écrit que New York était une ville pour les très jeunes, et que passé la trentaine, la Californie était le meilleur endroit pour faire sa vie. 

Avant de retourner en Californie pour la première fois depuis plus de 15 ans, il y a trois semaines, je me suis beaucoup demandé comment j'aillais réagir à ces retrouvailles avec la côte ouest, alors que j'ai passé tant de temps à New York depuis.

J'espérais surtout rentrer de Californie reposée, alors que je rentre systématiquement de New York épuisée. 

Les neuf heures de décalage horaire ont eu raison de mon énergie les premiers jours, mais il y avait une douceur dans l'air, une chaleur dans la brise qui ébouriffait les cactus, quelque chose de soyeux qui m'a reposée. Le roulis de la voiture aussi, qui m'a bercée pendant mon séjour. 

Une fois les insomnies passées, je me suis glissée dans la PT Cruiser aux côtés de mon amie Mathilde, récemment installée à LA, et nous avons (re)découvert la ville. Cette ville basse, plate, et grande au point de ne former qu'une succession de quartiers, sortes de mini-villes qui ont chacune leur logique propre. Nous avons mangé des salades épicées, des pizzas et des pâtes vites cuites pour éponger des cocktails bus la veille au Château-Marmont. J'y ai fêté mon anniversaire, un samedi soir. Il ne faut pas hésiter à mettre sa timidité au vestiaire et à aller y boire un verre, les physios et serveurs y sont, contrairement à ceux qui oeuvrent à Paris, très accueillants. Le patio sur lequel s'ouvre le bar est particulièrement mignon, et moins bruyant que la salle du bar, en bas. 

Nous avons aussi regardé l'équipe de France gagner, de loin, pendant que des burgers cuisaient sur le barbecue. Nous avons vu la mer, fait du shopping et visité des studios de cinéma. Après une après-midi de randonnée au Griffith Park, où j'ai fait peur à Victor, 4 ans, en lui parlant de serpents à sonnettes, il a fallu refaire la valise et monter dans un Virgin America pour une heure de vol jusqu'à San Francisco. Mais ça, c'est une autre histoire. 

Pour accompagner les kilomètres en bagnole, nous avons beaucoup écouté ce titre, un peu banal, un peu mainstream, déjà un peu ringard mais qui calme bien en cas d'embouteillage. 

Pour finir par le plus important, manger, le meilleur de ce que j'ai goûté à LA fut en fait les tacos aux crevettes de la Santa Barbara Shellfish Company, un minuscule restaurant au bout d'une jetée, qui mêle habilement l'héritage mexicain de la Californie aux fruits de mer du coin. 


Wednesday, January 1, 2014

"This is where the magic happens"

J'avais écrit deux posts bien longs ces dernières semaines, comme souvent au retour d'un voyage. Le premier après l'Inde, où j'ai passé quelques jours entre Delhi et Bangalore, l'autre après New York, où je me suis épuisée pendant une semaine avant de rentrer passer les fêtes à Paris.

En posant ma valise, ce matin de début décembre, je me suis juré de ne plus prendre l'avion pendant au moins trois mois. Ras le bol des aéroports, des turbulences, des plateaux repas dégueu. Et puis en fait, non, j'ai quand même envie de repartir. Il n'y aura pas de voyage avant plusieurs semaines, cela dit, voire plusieurs mois, peut-être rien avant avril, où je m'envolerai pour Boston. Pas grave, j'ai envie d'écrire en attendant, malgré l'attente. Et de changer la teneur de ce blog qui m'ennuie. Ce n'est pas un hasard si j'ai bazardé les deux derniers billets que j'avais écrits. Ce n'est pas que je n'avais rien à y dire, enfin si, peut-être. Je sors d'une période d'agitation cérébrale extrême, je commence tout juste à me calmer, ça devrait aller mieux. Ici aussi.


Ce tableau noir croisé à NY, dans ce qui reste de Little Italy, m'a rappelé à quel point j'avais usé mes tympans à coups de Fatboy Slim quand j'étais ado. Je continue d'ailleurs à écouter ce titre très fort au bureau, quand tout le monde m'emmerde.

L'autre truc que j'écoute en boucle, c'est la BO du dernier Scorsese. Brillante, comme toutes. J'ai un petit faible pour celle de Bringing out the dead, aussi., surtout ce titre. Je suis allée voir le Loup de Wall Street un samedi matin à la première séance, limite en pyjama. C'était pas une bonne idée. Trop long, trop bruyant (mais je peux finir ma nuit tranquille oui????!!!!!), too much à tous les plans. La voix off m'a gonflée, comme toujours chez Scorsese. Mais rien que pour la scène du déjeuner entre DiCaprio et Matthew McConaughey, ça vaut le coup d'y aller.

J'ai aussi vu la bande-annonce de La vie rêvée de Walter Mitty. Avant d'être un film avec Ben Stiller, il s'agit d'une nouvelle publiée dans le New Yorker en 1939, à lire ici.

Un autre truc pas mal vu dernièrement, pendant une nuit d'insomnie : quand je ne dors pas, je regarde souvent des TED Talks (il y a une application pour ça), et celle-ci est pas mal.  

A manger ?... Je ne cuisine presque rien en ce moment, sauf ces lasagnes de folie, au butternut. De la citrouille, encore et toujours. Je suis légèrement obsédée par mes apports en bêta-carotène, on dirait.

2014 sera magnifique. D'abord parce que je suis née un 14 et que, par esprit d'escalier, tout ce qui finit en 4 ou en 14 est doté d'un pouvoir magique à mes yeux, d'autre part parce que, comme tout le monde l'a bruyamment constaté sur les réseaux sociaux, ça ne rime avec rien et laisse donc la place à l'inconnu. Comme disent les Américains, il y a la "zone de confort", et puis il y a l'espace tout autour. Et c'est là que ça se passe.

Thursday, October 31, 2013

Freaky, scary, creepy, happy Halloween

J'aime bien l'idée qu'en anglais, il y ait plein de mots pour dire "effrayant", "flippant", "chelou". En français, c'est trop simple, ça ne couvre pas l'étendue de ce qu'on peut ressentir quand on a les choquottes ou quand on est juste stupéfait par un truc pas normal. 

Avant, Halloween, ça faisait peur. Vraiment. La preuve avec ces photos vintage particulièrement glauques.  






Maintenant les gens sont des feignasses. Je suis la pire de toutes pour me déguiser, je n'ai jamais aucune idée. Je pense que ça s'explique par un léger traumatisme d'enfance. Quand j'étais gamine, comme j'avais des parents jeunes, vaguement bohèmes et bourrés d'un humour que je ne comprenais pas bien, je me retrouvais toujours déguisée en punk alors que ma cousine était habillée en mariée, elle. Et puis comme j'ai une sœur aînée et que j'ai grandi dans les années 80, j'ai aussi été déguisée contre mon gré en Madonna période Like a virgin. Puis en Madonna période Like a prayer. Après j'ai commencé à m'habiller en Madonna pour aller au collège. Et puis on m'a demandé d'arrêter.

Punk ou pute, choisis ton camp, il en restera toujours quelque chose.

Bref, pour filer le thème de l'Halloween qui fait peur, je trouve que les Japonais (The Ring) et les Espagnols (L'Orphelinat) sont les meilleurs en films d'horreur, même si mes préférés restent Shining et le Projet Blair Witch.

A manger : pas de citrouille mais de la patate douce, pour changer. Pour un gratin hyper hyper américain, voici une recette qui décoiffe. La première fois que j'en ai mangé, je n'ai pas compris ce qui m'arrivait. J'étais dans la cuisine de la famille de ma correspondante américaine, dans le New Jersey. J'avais 15 ans. Sa mère avait l'air de cuisiner un gratin de carottes. Sauf que, une fois la purée étalée dans le plat, elle a commencé à disposer des marshmallows dessus. Eh ouais, le gratin de patate douce aux marshmallows est un grand classique américain. Au début ça passe mal, et après on s'habitue. Et même que parfois, des années plus tard, on se retrouve à adorer les mélanges sucrés salés. Aujourd'hui je trouve que les nachos et les M&Ms vont super bien ensemble, j'adore boire du jus d'orange avec mes cacahuètes, je kiffe la confiture sur le fromage et j'aime bien tartiner du brie sur du Nutella. Ouais, j'ai un vrai côté trashouille.

A écouter, je vous ai déjà dit que j'adoooooorais Kendrick Lamar ? Ça mes amis, ça s'appelle un #jeudiconfession.

Sunday, October 13, 2013

Manger son pain noir à Copenhague

C'est la dernière chose à laquelle je m'attendais, et je sais que je vais faire hurler les puristes, mais en 2013, on mange mieux à Copenhague qu'à Rome. Pour avoir posé mes valises dans les deux villes, à quelques mois d'intervalle, j'ai choisi mon camp. Et c'est celui du froid. Moi-même je me sens coupable de dédaigner pâtes, pizzas, antipasti, et tutti Chianti, pour du pain complet et du saumon fumé. J'ai tant adulé la cuisine italienne quand j'étais plus jeune. Elevée aux pâtes pour des questions de budget, j'ai pendant des années porté aux nues spaghetti, rigatoni, ravioli et autres lasagnes al forno. Aujourd'hui, un paquet de pâtes dure plus d'un an dans mon placard, et je me suis ouverte à d'autres horizons. Et tant pus pour les artichauts marinés, je préfère désormais la smorrebrod, cette tartine de pain complet (je suis une mauvaise Française, je préfère le pain noir à la baguette tradition) garnie de fromage frais, de poisson, de sauce acidulée à l'aneth, de roast-beef aussi, parfois.

Si la nation danoise est capable du pire, notamment cette espèce de fromage parfaitement cubique, qui se mange jeune et insipide, à côté duquel le cheddar est un summum de sophistication, elle est capable du meilleur. Nous avons au cours de nos kilomètres de marche à pied découvert quelques adresses formidables dans la capitale danoise.

Biomio est un des premiers et des seuls restaurants entièrement bio à Copenhague. Installé dans un ancien grand magasin Bosh, dont il a gardé les lettres de néon, cet immense restaurant du quartier des anciens abattoirs (un peu l'équivalent du Meatpacking district de New York, sauf que tous les junkies n'en sont pas encore partis, et qu'il arrive qu'on doive enjamber un toxico en train de se préparer une cuillère à soupe d'héroïne, true story) se remplit dès 18h30 d'une faune plutôt hipster.

Faites-vous installer à l'une des grandes tables de bois et allez commander directement au comptoir de la cuisine et au bar. Commencez avec un verre de sauvignon et deux ou trois morceaux de smorrebrod, garnis de fromage et roquette, ou encore de coeur d'artichaut et condiment à la betterave. Faites-vous plaisir ensuite avec le burger végétarien, gourmand de chez gourmand avec sa compotée d'oignons et là encore, sa belle tranche de pain complet.
 
Réservez en ligne pour le lendemain une table chez Manfreds & Vin, dans Norreborro, le quartier des restos et des bars, sauf que celui-ci, ouvert par un ancien du Noma, et dont j'avais lu une excellente critique dans le New York Times, est un peu à l'écart de tout. Ah si, il y a un petit bar juste à côté, si l'on va vers le parc sur lequel débouche la rue Jaegersborggade. Ambiance jeune, décontractée, super friendly, avec de bons vins français et des cacahuètes bien grasses. Idéal en attendant l'heure de sa résa.

Chez Manfreds, n'essayez pas de choisir quoi que ce soit, prenez d'office le menu dégustation et préparez-vous à rouler en sortant. Laitue braisée, agneau rosé, oeuf poché,... les sept plats à partager qui défileront à la table sera tous aussi goûteux et satisfaisants les uns que les autres.

Pas la peine d'enquiller sur un dessert, attendez le lendemain et allez goûter les brioches à la cannelle de la boulangerie Lagkagehuset. C'est une chaîne, il y en a 3-4 dans la ville, et beaucoup d'autres dans tout le pays, mais tout y fait envie. Restez simple dans votre choix de pâtisserie, et n'oubliez pas d'acheter un pain noir à rapporter dans votre valise, à découper en tranches et à congeler pour faire durer le plaisir à la maison.

Envie d'un brunch pas cher, à la cool, central et abondant ? Optez pour Rizraz, un brunch buffet pas cher (moins de 20 euros si ma conversion couronnes / euros est correcte) à côté de la place de l'Hôtel de ville, qui mixe nourriture traditionnelle (saumon, oeufs, encore du pain noir...) et mets libanais (houmos, falafels !!!!). Original, mais extrêmement satisfaisant.



A manger, je vous propose - encore une fois - de la jouer à l'américaine et d'accueillir l'automne avec une soupe de tomates et un petit grilled cheese. Il reste encore des tomates pas mal sur le marché, rapport à la belle arrière-saison, mais l'avantage de la soupe à la tomate, c'est qu'on peut la faire avec des tomates en boîte. Je dirais presque que c'est meilleur.

Il font donc l'équivalent d'une grosse boîte de tomates pelées, égouttées et posées dans un grand plat tapissé d'une feuille de papier d'alu ou mieux, sulfurisé. Salez, poivrez, ajoutez une gousse d'ail en chemise et des herbes (celles que vous aimez). Au four pour une bonne heure de rôtissage. Une fois les bords des tomates bien caramélisés, récupérez tomates et jus (en n'oubliant pas de gratter les sucs de cuisson au fond du plat), mettre au mixer et allonger avec un peu de bouillon.

Pour le grilled cheese, c'est simple comme un croque-monsieur : placez une tranche de fromage (avec les tomates, le chèvre marche bien) entre deux tranches de pain, ajoutez éventuellement quelques raisins secs ou cerneaux de noix et passez les deux côtés du sandwich dans une poêle beurrée. And that's it.

A écouter, tout cet album, mais surtout ce titre.

Thursday, September 12, 2013

User, abuser, détruire

J'avais commencé à écrire un texte qui me paraissait pas mal, et je ne sais pas comment ni pourquoi, mais impossible de remettre la main dessus. Blogger l'a avalé, on dirait. Ou peut-être ai-je juste oublié de l'enregistrer, en utilisatrice habituelle de Google Drive, qui sauvegarde n'importe quel document ouvert, le malin. 

Dommage, car j'y avais mis beaucoup de choses, dans ce texte, j'y parlais de mon côté maniaque, quand j'étais enfant. Maniaque de la conservation des choses. Pas en tant que telles, au contraire j'ai tendance depuis toujours à tout jeter. Mais vraiment tout. Genre jeter le chat aussi. Mais maniaque de la conservation en bon état. Comme dit ma mère, quand elle remet la main sur mes Barbie à la cave, c'est comme si elles n'avaient jamais été sorties de leur boîte. C'est un truc de famille. Je viens d'une lignée de grands malades mentaux du rangement et du ménage dont je suis fort heureusement un rejeton légèrement rebelle. Mais quand même, enfant j'étais bien atteinte. Et mes professeurs de s'extasier sur la propreté de mes cahiers.

Et puis un jour, j'étais en CM2, je me suis mise à mal écrire. J'aimais de plus en plus composer, rédiger, inventer, je griffonnais des pages et des pages, j'allais vite, trop vite pour soigner mon écriture qui est vite devenue digne de celle d'un médecin. Ma maîtresse n'était pas contente mais je m'en foutais. Plus tard, bien plus tard, je me suis mise à abîmer les choses, à perdre mes affaires et ça a été un grand bonheur de faire tomber une étiquette de plus, celle de "soigneuse".

Je ne pourrai jamais vivre dans le bordel, je me sens vite oppressée quand il y a trop d'objets autour de moi et j'ai l'esprit trop encombré pour vivre dans le désordre. Donc je range, j'accumule peu, je jette toujours trop. Mais j'use, j'abuse, je détruis, je casse. Je ne m'accroche plus à un état originel, je laisse évoluer, changer, disparaître aussi. 

Voilà vaguement ce que j'avais écrit, je ne me souviens absolument plus pourquoi, au milieu de l'été, une saison qui m'a emmenée vers des provinces du Sud très peu exotiques mais réconfortantes, tant pour le corps que pour l'esprit. 

Rome d'abord, dont je ne me souvenais plus que les rues étaient encore entièrement pavées. Aïe mes pieds. Puis Avignon, Cannes, Arles. Et au milieu, un mariage dans la Creuse, un anniversaire décadent dans le 6ème, un petit bout de Rock en Seine avec du Kendrick Lamar et du Kalkbrenner en bonne forme. Aux Rencontres photographiques d'Arles, j'ai découvert le travail de Michel Vanden Eeckhoudt dont les noirs et blancs, qui souvent interrogent la représentation de l'animal et son rapport à l'humain, sont bouleversants.     

Un soir de la fin août, alors que j'attaquais une pizza à la mozzarella et au basilic chez Grazie, je me suis mise au défit d'apprendre à faire une pizza décente chez moi. Pari réussi, avec une pierre à pizza et une super recette (ne VRAIMENT pas hésiter à faire lever la pâte dans le four, ça marche bien). Il ne manque que le petit goût de cramé que seul un four à bois peut donner, mais peut-être que si je faisais un peu brûler les bords de la pâte au briquet... non ? Non. Ok.

A écouter, comme d'habitude je navigue entre les extrêmes, du Lionel Hampton parce que ça va bien avec la fin de l'été, et cet assortiment d'électro du samedi soir bien senti, qui vient rappeler à point nommé qu'il est temps de se rhabiller et de retourner fréquenter les bars sombres. Automne, je ne suis pas si mécontente de te voir.